Les creux d’un rêve is a Montreal house party gone wonderfully awry.


Danse - Quels creux!

Catherine Lalonde

Le Devoir, 26 mars 2011

Les Creux d'un rêve, pensé par le petit organisme Fée Fatale, peut sembler, si on ne s'attarde pas à liste des collaborateurs, fait de bric et de broc avec son mélange de danse, rock, spoken word et film. Mais on y retrouve, sous la direction artistique de Sabrina Reeves, David Usher à la musique. Oui oui. Accompagné, rock oblige, de Fred St-Gelais, Jonathan Gallivan et Kevin Young.

À la danse, de très forts interprètes: Elijah Brown, qu'on a vu chez Marie Chouinard et Céline Dion, et récemment accompagnant Louise Lecavalier dans son dernier spectacle. Carol Prieur, étoile pour Marie Chouinard. Tony Chong, ex-directeur artistique du Groupe Danse Lab d'Ottawa. Les trois se lancent dans la chorégraphie, où Chong a déjà fait ses marques. Ils font danser Lucie Vigneault (Fred Gravel, Chouinard), Mark Eden-Towle (Chouinard) et Mistaya Hemingway (La La La Human Steps). Du haut vol. L'acteur Paul Hopkins complète la distribution, avec Reeves elle-même.

Par accident

Les Creux d'un rêve est né par accident, alors que Reeves devait présenter une pièce de théâtre à La Chapelle et que tout s'est effondré, à quelques semaines de la première. Qu'à cela ne tienne: elle recrute alors mari — Usher — et amis pour composer la première version de ce show hybride, en mai 2010. L'accueil est très chaleureux.

«Ma formation théâtrale, étrangement, m'a mené au cinéma», explique Sabrina Reeves dans une entrevue aussi tout à fait Mile-End, qui saute sans cesse de l'anglais au français. «Quand je vais au spectacle, j'oublie souvent que ce sont des humains devant, du "live theatre". On est dans des univers tellement "cinematic", devant des écrans. J'aime faire des spectacles immersifs pour remettre le côté vivant là-dedans, des shows où il n'y a pas de séparation entre le public et la scène.» 

Les Creux d'un rêve est un concert chorégraphique, «En allant voir des shows rock, je me disais: "Je veux ce genre de feeling comme spectateur, très vivant, très inclusif. Je veux, comme artiste, de la pluie qui me tombe dans les cheveux, je veux que les gens me touchent."» Habituée à l'interdisciplinaire avec Bluemouth inc., organisme spécialisé en performances interdisciplinaires qu'elle a cofondé, pour Les Creux d'un rêve, elle fait travailler chorégraphes et interprètes en utilisant des éléments théâtraux «pour colorer la danse».

Tony Chong, comme chorégraphe, travaille ici à «porter la vision de Sabrina». C'est la première fois, explique-t-il, qu'il pétrit sa danse au rythme d'un groupe rock. «C'est une musique accessible, qui a du beat, qui a son propre temps. C'est plus facile de créer avec une telle structure. Voilà déjà des années que je me demande pourquoi la danse contemporaine n'attire pas plus de monde. Je pense qu'il ne s'agit pas juste d'inclure le public, mais d'arriver à bien communiquer. À donner un contexte. Prends la musique pop ou le classique: on sent déjà l'intention dans l'intonation de la voix, dans la musique. Ça met le public en situation. Et là, avec les chansons, les gens arrivent avec une mémoire de la musique. Le public a une relation très personnelle, fascinante avec les chansons. On peut jouer avec ça, proposer une autre mémoire.» 

Accessibilité, création collective, détournement et utilisation des codes, inclusion du public: ne serait-on pas dans une philosophie semblable à celle de La 2e Porte à Gauche? «Oui, rigole Sabrina Reeves. Même qu'on a dû mettre le spectacle à 21h30, parce que Lucie Vigneault danse pour La 2e Porte avant. Elle va courir nous rejoindre après le spectacle, même qu'on la fait entrer en scène avec ses bottes et son manteau. On a inclus ça dans le spectacle...» Courir d'un show à l'autre? Une autre réalité tout à fait Mile-End des artistes d'ici.


Les creux d'un rêve: joindre l'utile à l'agréable

STÉPHANIE BRODY
La Presse

Le chanteur pop-rock David Usher et plusieurs danseurs de haut calibre sont réunis sur scène dans Les creux d'un rêve, un happening multidisciplinaire, présenté à La Chapelle.

L'an dernier, Sabrina Reeves devait présenter une création à La Chapelle, mais, à la dernière minute, le projet est tombé à l'eau. Moment de panique, puis la comédienne et directrice artistique a fait appel à son mari et à ses amis pour monter quelque chose, in extremis. Belle idée quand votre mari se nomme David Usher et que vos potes comptent parmi l'élite des danseurs! Voilà la genèse de l'oeuvre Les creux d'un rêve.

Sabrina Reeves réunit ainsi des danseurs dont Tony Chong (Winnipeg Contemporary Dancers, Compagnie Flak, Groupe Danse Lab), Carol Prieur (Compagnie Marie Chouinard), Lucie Vigneault (Frédérick Gravel, Compagnie Marie Chouinard) ou Elijah Brown (Compagnie Marie Chouinard, A New Day), et David Usher et ses musiciens; ensemble, ils pondent Les creux d'un rêve, présenté à La Chapelle au printemps 2010.

«Nous avons monté ça très vite, comme un one shot deal. Mais nous avons a eu tellement de plaisir à le faire que nous avons proposé à Jack Udashkin, le directeur de La Chapelle, de le remonter», explique Sabrina Reeves, qui signe la mise en scène et les textes des Creux d'un rêve.

Après quelques changements de distribution - Elijah Brown, par exemple, est parti rejoindre la production Zarkana du Cirque du Soleil, qui débute en juin au Radio City Music Hall -, ils sont une quinzaine de collaborateurs, danseurs et musiciens, a avoir peaufiné la proposition initiale, pendant environ un an, en studio, mais aussi... autour de délicieux soupers!

L'article «soupers» figurait même dans la demande de subvention de la seconde mouture de Les creux d'un rêve, à la suggestion de Carol Prieur, qui jugeait ces retrouvailles essentielles au processus de création! Prieur, nommée danseuse de l'année en 2010 par le sérieux magazine allemand TANZ, s'explique: «La première version était infusée d'une énergie si particulière, conviviale et honnête! Le public, je crois, a vraiment senti qu'il avait affaire, sur scène, à un groupe d'amis.»

La Chapelle qualifie d'ailleurs Les creux d'un rêve de party d'appartement. «La notion de party vient d'abord de la présence sur scène du band rock, explique Reeves, mais nous sommes allés encore plus loin cette fois pour que les spectateurs fassent partie de notre groupe: il y a des sièges sur scène, ils peuvent aussi s'asseoir sur des coussins, et l'action se déroule dans le bar comme dans les toilettes et les corridors...»

Et que vient faire David Usher dans cette belle galère? D'abord, la trame musicale de Les creux d'un rêve est composée à partir de chansons remaniées, tirées de ses divers albums. «La musique de David évoque des personnages précis, commente la metteure en scène, qui me servent à composer une trame narrative qui vient lier les différents éléments, trop éclatés dans la première version. Je fais ensuite courir cette trame un peu partout: elle émerge parfois du film, s'insinue ensuite dans la musique, puis parfois dans la chorégraphie...»

Usher, qui a rencontré Reeves à Montréal il y a 13 ans, insiste: «C'est vraiment le projet de Sabrina. Je m'en remets totalement à elle.»

Autre bonus pour le musicien, qui connaît Carol Prieur et Tony Chong depuis leurs années d'études à l'Université Simon Fraser (Vancouver): «Je me réjouis que Les creux d'un rêve permette à mes deux gangs, soit les membres de mon band et mes amis danseurs, de collaborer pour la toute première fois.»

Les Creux d’un Rêve, party envoutant au Théâtre La Chapelle

par Pat White

Après un très beau succès rencontré en mai 2010 lors de sa série de représentations à La Chapelle, la création Les Creux d’un Rêve est de retour au même endroit jusqu’à samedi soir prochain. Amateurs de danse, de musique et de théâtre seront comblés avec ce spectacle multidisciplinaire dont la chorégraphie est laissée entre les mains de Sabrina Reeves, tandis que les arrangements sonores sont aux soins de David Usher.

Il n’a pas fallu beaucoup de temps au public présent à la représentation de mercredi dernier pour se rendre compte que la soirée serait singulière. Après une courte vidéo diffusée sur un pan de tissu du bar de la Chapelle, l’audience est invitée à prendre place à deux endroits différents de la salle. Faites-vous servir un verre de vin par les interprètes, ça vous aidera à basculer dans ce monde à la fois réel et fictif d’une folle soirée dans un appartement montréalais!

David Usher, accompagné de ses musiciens, a posé ses instruments sur le côté de la scène. Pour ceux qui ne connaissent pas ce chanteur pop rock d’origine britannique, gagnant d’un Juno lorsqu’il était au sein du groupe Moist, le déplacement vaut littéralement le détour. Celui-ci trouve les mots, les cordes sensibles qui lient la chorégraphie à cette atmosphère de fête (frissons garantis pour les amateurs de musique pop rock). Pas seulement accompagnateur, celui-ci partage son temps entre la scène et les gradins pour des moments où sons et danse s’entremêlent.

Adeptes de soirées entre amis, vous remarquerez souvent que certains personnages typiques reviennent constamment : l’aimable, le rêveur, l’humoriste, l’alcoolisé, etc. Il en va de même pour Les Creux d’un Rêve et ses danseurs. Au sein de la distribution déterminée par Sabrina Reeves, on reconnait BENJAMIN KAMINO (http://patwhite.com/node/12064) et LUCIE VIGNEAULT (http://patwhite.com/node/11662) et découvre TONY CHONG et MISTAYA HEMINGWAY. Les solos endiablés de MISTAYA HEMINGWAY et LUCIE VIGNEAULT sont profonds, mettant de l’avant la personnalité de chaque interprète. Tantôt violents, tantôt doux et légers, ceux-ci complètent à merveille ces duos et danses de groupe sensuels, érotiques, dressant un paysage des rapports interpersonnels entre les différents membres de ce beau party. Ces moments dansés sont sporadiquement entrecoupés de paroles, d’éléments visuels apparaissant sur les pans de tissus disposés contre le mur, d’espaces où le théâtre prend la relève.

Sabrina Reeves, fondatrice de la compagne Fée Fatale, metteur en scène et directrice artistique, nous transporte le temps d’une soirée dans un espace envoutant, festif. Cette thématique du party, d'habitude traitée avec un certain amateurisme, est appréciée à sa juste valeur grâce à Les Creux d’un Rêve. Les parties jouées, chantées et dansées sont à la hauteur des espérances, vraiment!

Pour ma part, c’était sans aucun doute une soirée magique qui m’a donné le sourire aux lèvres et m’a rendu le cœur léger. Bravo!